Elle croise, décroise les jambes; une fois, deux fois, trois fois. Et voilà, le spectacle commence.
D'un geste de la tête, elle fait la lumière sur son visage à la Modigliani. Ses cheveux sont comme une tenture qui s'ouvre sur un théâtre d'émotions, tel un rideau à l'italienne.
Elle déploie ses bras frêles, à l'image de sa silhouette de tragédienne.
Dès les premiers mots d'une histoire rocambolesque, aux parfums exotiques; elle révèle son talent de conteuse et sa générosité.
Au-delà des mots, sa gestuelle en dit long. À la façon qu'elle a de passer la main dans sa chevelure épaisse et brune, de la faire virevolter de gauche à droite. Comme autant de ponctuations à son récit.
Tel un chorégraphe, elle se met en scène, elle joue, sans retenue ni tabou, jamais vulgaire. Sa chevelure est l'essence, l'expression de son être. À chaque effet, elle s'abandonne davantage et laisse la vie l'envahir et intensifier la trame dramatique ou comique de ses péripéties.
Assurément elle a la capacité de séduire la terre entière. Et que l'on soit homme ou femme, elle nous incite à lâcher-prise pour faire place à la douce sensation d'exister. Tout simplement.
Dans les intermèdes, de courts silences riches de sens, elle a pour habitude de soulever sa crinière magnétique et piquante, avec une telle amplitude, avant de la laisser retomber librement sur ses épaules. Quelques mèches recouvrent alors son visage. Elle en prendra soin avant de reprendre le cours de sa narration ou bien pour se désaltérer avec un thé glacé à la pêche.
À la regarder ainsi s'exprimer, l'on ne peut s'empêcher d'imaginer combien d'hommes se sont suspendus à ses lèvres, ne songeant qu'à plonger leurs doigts dans sa toison, source de sa puissance et de sa féminité.
Désireux de susurrer à son oreille des promesses d'ailleurs, qui pourraient bien faire naître de nouveaux récits.

