Natali, Tatya, Bali

décembre 26, 2019


Dans la pénombre du salon, grand ouvert sur un pré carré tropical, nous prolongions le plaisir de cette rencontre à la veille de Noël. Nous étions chez l'Homme pour lequel nous nous serions battues dans d'autres circonstances.
Les objets d'art tribal qui nous entouraient nous enveloppaient d'un charme troublant. Il y avait du sortilège dans l'air.
Michael était assis face à moi, Tatya était assise sur une marche, comme sur un piédestal, entre deux masques Dayak, envoûtants et effrayants. Nous formions une trinité, un triangle amoureux et nous laissions la magie opérer dans la chaleur et la moiteur de la nuit.

À tour de rôle, nous échangions passionnément nos points de vue sur les choses de la vie, l'amour, les relations… la mixité des cultures. Nous buvions ses paroles, il se délectait de notre présence.
J'observais chacun de ses gestes, chacune de ses expressions. Je voulais lire en lui, tout savoir de lui. Je devinais les passions qui l'avaient animé. Son amour de la vie, de la Femme, son respect de l'autre. Ses engagements, son sens de la découverte, de l'aventure et du partage me séduisaient. Il était mon Errol Flynn.

Tandis que l'ivresse de la nuit était à son paroxysme, Michael me demanda, de but en blanc, quelle était la couleur de mes yeux? Rompant ainsi le fil de notre conversation.
Troublée, je lui répondis "- Euh, ils sont verts".
S'en suivi depuis l'autre extrémité du triangle, un éclat de rire gargantuesque. Tatya s'enflammait alors dans la reprise d'un dialogue extrait d'un film de Woody Allen, que nous pourrions réintituler "Natali, Tatya, Bali". Nous étions les protagonistes d'une adaptation Franco-Américaine de cette comédie dramatico-romantique.
Je crois que nous l'aurions suivi jusqu'à Oviedo, le temps d'un week-end. Jusqu'au bout du monde, pour l’éternité.

Pour l’heure, il était temps d'aller se coucher. Dans une dernière étreinte, avant d'emprunter l'escalier qui menait à la chambre à coucher, je pouvais sentir son parfum.

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