C'est une jeune mère. Elle porte une robe blanche diaphane qui laisse entrevoir un galbe de déesse. Un homme, le regard noir, la devance en sortant du café. Il s'installe à l'avant du taxi qui s'est garé en double file. Il est encore tôt et le dimanche la rue est paisible.
Elle traine par le bras une fillette de quatre ans environ, qui traine à son tour un lapin en peluche sale et désarticulé.
Le chauffeur ouvre la portière arrière. Elle attrape l'enfant par la taille pour l'asseoir sur la banquette. Contre toute attente, elle résiste. Elle se met à pleurnicher et se rebelle. En mère aimante et consciente, elle s'accroupie face à sa fille, d'égale à égale, et lui parle doucement pour la convaincre d'obtempérer. C'était sans compter sur la détermination de la petite!
Le père est stoïque, il fixe la rue, droit devant. Le chauffeur s'agrippe à la portière. Un certain agacement le gagne. Quelques voitures s'entassent et assistent au drame qui se trame.
Tout en feignant de garder un contrôle absolu sur la situation, alors que les pourparlers vont bon train, la mère prend des poses. Elle cherche à nous impressionner. C'est sûr, elle est l'incarnation de la maternité charnelle, spirituelle et sacralisée. Sentir nos regards sur elle la transcende. La rue entière l'observe. Chaque posture est une illustration pour un manuel sur papier glacé, à l'usage du parfait parent ou "comment maitriser l'art de l'éducation, et de la communication en pleine conscience?" Pour une perception et une gestion des situations et des émotions, sans stress, ni comportement violent, afin que votre bambin puisse grandir et s'épanouir sereinement et en confiance.
Seulement voilà, la déesse est prise au dépourvue face à tant d'hostilité. Sans plus de salamalecs, elle décide de s'emparer de sa fille fermement pour l'enfourner, tête la première, dans l'habitacle.
À présent, la diablesse s'arc-boute et hurle à gorge déployée.
Les premiers coups de klaxon retentissent.
L'impatience monte dans tous les camps.
Le père se retourne et lui cri quelques mots dans une langue inconnue. La déesse est en transe. Elle gifle sa fille sans aucun ménagement, comme pour la mettre K.O. Profitant d'un instant de flottement, elle la plaque contre son corps en sueur, ses bras sont comme des liens. Elle l'entraîne dans le taxi. On a l'impression d'assister à un enlèvement.
Dans le feu de l'action, le lapin est propulsé dans les airs alors que le chauffeur claque vivement la portière, étouffant ainsi les hurlements. Alors que la voiture s'éloigne, interloqués par cet épilogue, nos regards convergent vers la victime collatérale, le lapin, qui gît là, orphelin, dans le caniveau.


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