La frêle embarcation, d'un blanc immaculé, avait pris le large. Elle était ballottée au rythme du ressac qui pouvait la faire chavirer d'un instant à l'autre. Le ciel tout autour était d'un gris-bleuté d'une intensité exceptionnelle.
Un orage sans précédent venait de s'abattre sur la petite ville insulaire au nom évocateur de Batu Bulan - Pierre de Lune. À présent, seules quelques gouttes de pluie dessinaient des ronds dans l'eau saumâtre et boueuse. Ici et là des feuillages, branchages, morceaux de plastiques, émergeaient comme autant d'obstacles que l'esquif devait contourner.
Elle avait fière allure dans le caniveau, au milieu du trafic, des klaxons et des halos de lumières entremêlés des enseignes néon, des phares de voitures et des deux roues. Elle laissait dans son sillage, comme suspendue dans les airs, la petite main d'un enfant accroupi sur le trottoir, face à l'échoppe de ses parents.
Une lumière biblique baignait cette scène. Ses petits doigts pointaient en direction du triangle qui faisait office de voile. Ils étaient l'allégorie de la main de Dieu.
Tous deux formaient un microcosme paisible en contraste avec l'environnement bruyant et pour le moins hostile. Son regard suivait sa création comme s'il s'agissait de sa plus belle réussite. L'on pouvait lire sur son visage d'une infinie douceur, un calme absolu et une détermination dont seule la candeur à le secret. Il irradiait la fierté du devoir accompli, ici et maintenant. Rien d'autre n'avait d'importance. Pas même l'issue fatale réservée à son voilier d'origami qui voguait inexorablement en direction de la bouche d'égout béante, où elle sombrerait, quelques mètres plus bas.
Douceur et détermination sont deux notions que nous, les adultes, avons trop souvent du mal à concilier. Elles sont pourtant les éléments fondamentaux à l'alchimie de la vie, dont l'issue ne fait aucun mystère en ce monde.


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