La Mondaine

novembre 15, 2019



Elle s'avançait, dégingandée, tout en fumant une cigarette. Mais pas n'importe comment… avec une certaine élégance!
À l'instar de sa silhouette filiforme, qui nous faisait entrevoir la beauté qu'elle avait été, sa cigarette était fichée à l'extrémité d'un fume-cigarette taille opéra. De ceux qui faisaient du tabagisme un Art, du temps des Mondaines.
Elle avait un “je ne sais quoi” d'Audrey Hepburn ou de Rita Hayworth, à la façon dont elle posait l'embout en écume de mer, au bord de ses lèvres.
Elle était sensuelle et provocante. Elle s'en amusait beaucoup.
La belle Américaine mettait en scène chacun de ses gestes. Au rythme des mots, entre deux volutes, tel un chef d'orchestre, elle nous menait à la badine. Nos têtes oscillaient dans tous les sens à chaque circonvolution, dont le point central était sa bouche vermillon.
§
Parfois, lorsque nous étions dans un état de transe, enivrés par cette danse, elle nous pointait avec son accessoire, comme s'il s'agissait d'une baguette magique.
Dans ces moments-là, son regard était inquisiteur et d'une telle vivacité, qu'il était difficile de savoir si elle canalisait toute son énergie pour nous exorciser ou bien si elle cherchait à nous ensorceler davantage!
Les plus aguerris d'entre nous savions qu'au bout de quelques minutes le charme serait rompu. Qu'elle ôterait le mégot de l'embout magique et l'écraserait sans merci dans le fond du cendrier, laissant place à l'odeur du tabac froid et à un flottement indicible.
Jusqu'à la prochaine représentation. 

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